Agir contre la précarité énergétique en Pays de la Loire
La précarité énergétique désigne la difficulté à disposer, dans son logement, de l’énergie nécessaire pour satisfaire ses besoins essentiels, notamment le chauffage, l’eau chaude et...
Il y a quelques années, sur une petite route des environs du Cellier, s’est installée une scène étonnante : des familles, paniers à la main, venaient chaque samedi matin au pied d’éoliennes pour observer la progression d’un chantier mené… par leurs voisins. Rien de plus normal pourtant : ces habitants de Loire-Atlantique n’étaient pas de simples spectateurs d’une transition énergétique décidée d’en haut, mais les véritables auteurs du projet. Ici, l’énergie ne circule pas seulement dans les câbles, mais aussi dans les liens qui relient ceux qui la produisent et ceux qui la consomment.
C’est tout le sens du mouvement des parcs éoliens coopératifs qui, depuis plusieurs années, redessine le paysage énergétique des Pays de la Loire. Mais que signifie vraiment « coopératif » ? Peut-on, près de Nantes, de Châteaubriant ou sur la côte, investir dans une éolienne comme on adhère à une AMAP ? Quels parcs éoliens citoyens fonctionnent déjà en Loire-Atlantique ? En quoi ces projets transforment-ils le territoire ?
Plongée dans une Loire-Atlantique où le vent devient source de pouvoir d’agir… pour tous.
La France compte aujourd’hui plus de 300 projets d’énergie renouvelable portés par des collectifs citoyens (source : Énergie Partagée), dont une proportion croissante de projets éoliens. Le principe : les habitants, souvent avec le concours de collectivités ou de structures coopératives, investissent et décident ensemble du développement de sites de production renouvelable, dont ils deviennent copropriétaires. En Loire-Atlantique, cette dynamique s’incarne dans plusieurs initiatives structurantes. Focus sur les pionniers.
Sur la Côte d’Amour, à une poignée de kilomètres des marais salants, le parc de Sévérac fait figure de pionnier. Né de la volonté de citoyens réunis dans la SAS CoopWatt 44 et soutenus par la commune, il regroupe trois éoliennes d’une puissance totale de 7,5 MW. Ouvert à la souscription habitante en 2018, ce projet a mobilisé plus de 250 investisseurs locaux, particuliers, agriculteurs, artisans, mais aussi de petites entreprises du coin.
Ce qui fait la force du parc de Sévérac, c’est son mode de gouvernance : chaque investisseur dispose d’une voix en assemblée générale, quel que soit son apport financier. En trois ans, le site a permis d’alimenter l’équivalent de 5 000 foyers par an en électricité (source : Énergie Partagée Pays de la Loire).
Près de Nort-sur-Erdre, le parc de la Jacterie – inauguré en 2021 – est présenté comme « 100% citoyen » : financé majoritairement par 300 habitants via la SCIC CoWatt et en partenariat avec la SEM départementale, il comprend cinq éoliennes installées sur d’anciennes terres céréalières. La production ? De quoi couvrir plus de 15 000 personnes avec une énergie renouvelable locale chaque année.
Ici, la force du collectif s’exprime aussi dans le choix d’une répartition équitable des richesses : une part significative des revenus du parc alimente un fonds de soutien pour de nouveaux projets citoyens locaux, de quoi faire germer d’autres initiatives dans le département (source : Ouest-France, mars 2021).
À Campbon, entre Rennes et Nantes, le parc citoyen a vu le jour grâce à la mobilisation d’un noyau de riverains et du soutien logistique de l’association Éoliennes en Pays de Vilaine, réseau pionnier du Grand Ouest. Cinq machines, 10 MW installés, et un modèle où chaque détenteur de part a accès aux comptes du projet, aux tableaux de production et au processus de prise de décision.
Anecdote marquante : lors de l’inauguration, ce sont les écoles du village qui ont proposé d’imprimer les livrets pédagogiques pour les visiteurs, tissant des liens inédits entre la génération qui construit et celle qui héritera du paysage modifié.
La Loire-Atlantique ne manque pas de parcs éoliens classiques, financés par de grands groupes (Engie, EDF Renouvelables…), mais le modèle coopératif apporte des avantages concrets :
En 2023, plus d’1,4 million d’euros ont été levés auprès des habitants de Loire-Atlantique pour investir dans les énergies renouvelables, dont près de 60 % pour l’éolien citoyen. (source : Observatoire Énergie Partagée).
Voici une vue synthétique, non exhaustive, du territoire départemental où fleurissent ces initiatives. Pour plus de détails : Énergie Partagée.
| Nom du parc | Commune | Année de mise en service | Puissance (MW) | Nombre de foyers alimentés | Structure citoyenne |
|---|---|---|---|---|---|
| Sévérac | Sévérac | 2020 | 7,5 | 5 000 | CoopWatt 44 |
| La Jacterie | Saint-Mars-du-Désert | 2021 | 12 | 15 000 | CoWatt, SEM ENR 44 |
| Éole Campbon | Campbon | 2019 | 10 | 8 000 | Éoliennes en Pays de Vilaine |
D’autres projets sont en maturation à Guémené-Penfao, à Pornic et dans le Pays d’Ancenis, souvent portés par des collectifs d’agriculteurs, d’associations environnementales et parfois des collèges ou lycées techniques engagés.
À chaque projet éolien coopératif, la Loire-Atlantique invente une nouvelle manière de relier le vent, la technique et le vivre-ensemble. Si la transition énergétique est une aventure technique, elle est tout autant une affaire de liens : entre agriculteurs et citadins, jeunes et anciens, électriciens amateurs et sachants.
Les parcs de Sévérac, de Saint-Mars-du-Désert ou de Campbon ne sont pas des cas isolés. Ils dessinent une voie alternative, où chaque habitant redevient acteur du paysage et de sa propre énergie. Et si aujourd’hui, c’était le début d’une forêt citoyenne, tissée d’éoliennes et de solidarité, prête à pousser dans chaque commune ?
À vous d’attraper le vent : et si votre village était le prochain à se lancer ?